Théorie littéraire et plurilinguisme 1

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Composante :UFR Langues et Civilisations

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En bref

Période : Semestre 1

Code matière : LJB1Y1

Description

Intervenants : Damien Mollaret, Stanislas Gauthier, Fabienne Rihard-Diamond

Présentation de l’UE :  

La Licence Babel est une formation littéraire associant des parcours spécialisés (en langue française – parcours Lettres, ou en langue italienne – parcours Italien) à une approche internationale et plurilingue du fait littéraire.

La langue, matériau de l’écrivain, n’est pas un tout pur et non mélangé. Quoique servant des enjeux politiques, étroitement liée à l’émergence des nations, la littérature est un espace sans frontière qu’il s’agira d’apprendre à penser dans sa globalité.

Le cours Théorie littéraire et plurilinguisme propose ainsi une réflexion sur la notion de « littérature mondiale ». Comment penser un tel objet ? Le pense-t-on de la même façon, partout dans le monde ? Comment concilier théorie générale (« qu’est-ce que la littérature ? »), singularité du geste créateur, et plurilinguisme ? Dans cette UE, les étudiants des deux parcours sont mélangés.

Programmes :

Premier volet : Transmission et transgression des formes fixes en poésie : sonnet, ballade, pantoum et robâï

Enseignants : Damien Mollaret (groupe 1) – Stanislas Gauthier (groupe 2)

5 séances de 2h30 (Séances du 22/09, 29/09, 6/10, 13/10, 20/10)

 

Les formes poétiques circulent dans le monde, faisant fi des frontières et des langues.

Au XXe siècle, tandis que le vers libre et le poème en prose connaissent leur heure de gloire, on trouve aussi un regain d’intérêt pour les formes poétiques fixes. 

L’Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle) accorde une grande importance à ces formes à contraintes : « Toutes les formes fixes sont, par définition, oulipiennes. Plus oulipien que le sonnet, il n’y a guère. On recommande aussi la ballade, le chant royal, le rondeau, le pantoum, le et cetera (forme fixe s’il en est). » Ce groupe d’écrivains et de mathématiciens s’attache autant à faire l’inventaire des formes existantes (cf. travaux de Jacques Roubaud sur la ballade et le sonnet) qu’à en inventer de nouvelles.

 

Dans ce cours, on s’intéressera à des formes poétiques issues d’aires linguistiques et de périodes diverses : une forme persane (robâï, généralement traduit par « quatrain »), une forme française du moyen âge (ballade), une forme italienne (sonnet) et une forme malaise (pantoum). Elles seront d’abord présentées dans leurs littératures d’origine, avec leurs règles propres (prosodie, structure, thèmes). Puis on s’intéressera aux phénomènes de transmission et de transgression de ces formes, qui traversent les frontières et les époques. Le sonnet devient au XVIe siècle la forme régulière la plus répandue dans les littératures européennes (Camões, Ronsard, Du Bellay, Shakespeare, Gongora, Quevedo). Il connaît un second âge d’or au XIXe siècle et continue à fasciner nombre de poètes du XXe siècle. La forme de la ballade, dénigrée au XVIe siècle par les poètes de la Pléiade, réapparait régulièrement dans la poésie française à partir de la modernité.  Pessoa et Borges, grands lecteurs de Khayyâm (dans la traduction de Fitzgerald), écrivent à leur tour des robâïat selon son modèle. Au XIXe siècle, un certain nombre de poètes français s’essaient à l’écriture de pantoums (Baudelaire, Leconte de Lisle, Banville).

Attention : le cours de Stanislas Gauthier portera, comme le cours de Damien Mollaret, sur le sonnet, la ballade et le pantoum, mais remplacera l’étude du robâï par celle de la terza rima.

 

Lectures conseillées :

Omar Khayyâm, Rôbaiyât (Quatrains), traduits du persan par Hassan Rezvanian, Arles, Actes Sud, « Babel », 2008.

Charles d’Orléans, Ballades et rondeaux, Librairie Générale Française, « Lettres gothiques », 1992.

André Ughetto, Le sonnet : une forme européenne de poésie (Étude, suivie d’un choix de sonnets italiens, espagnols, anglais, allemands, russes et français), Ellipses, 2005.

Dominique Moncond’huy, Le sonnet (anthologie), Gallimard, 2005.

Éric Benoit (sous la direction de), Transmission et transgression des formes poétiques régulières, Modernités 37, Presses Universitaires de Bordeaux, 2014.

Une anthologie bilingue et une bibliographie seront distribuées en début de cours.

  Second volet : Introduction à la pensée d’une littérature mondiale :

 

Les étudiants Lettres et italien seront répartis dans les deux groupes : Pound / Pouchkine. Pour ces deux poètes, écrire égale traduire : c’est toujours le même geste. 

Il n’y a aucun prérequis linguistique pour assister à l’un ou l’autre de ces groupes.

Séances du 27/10, 10/11, 17/11*, 24/11, 1/12, 8/12, 15/12.

 

       Groupe 1. L’exemple d’Ezra Pound

 

Enseignante : Fabienne Rihard-Diamond

Volume horaire total : 18 heures.

Volume horaire hebdomadaire : cours de 2h30 (x7)

 

Poète américain s’étant volontairement exilé en Europe, Ezra Pound a fondé sa carrière de critique et d’écrivain sur un double travail de pédagogue et de traducteur : d’une part, il n’a cessé de condamner un enseignement académique de la littérature fondé sur la séparation étanche des langues et des littératures nationales, voire des périodes et des siècles, et a promu, avec une conviction et une énergie inlassables, une étude transhistorique et transnationale de la littérature, visant à mettre au jour sa fécondité spirituelle et poétique pour tout écrivain avide de renouveler la littérature de son temps, et pour tout lecteur souhaitant élargir sa vision du monde et de la vie autant que de la littérature ; d’autre part, afin de favoriser et de mettre concrètement en œuvre cette étude située au plus près de la concrétude singulière des textes, il s’est lancé dans une immense entreprise de traduction ou de retraduction (de la poésie latine antique, de la poésie anglo-saxonne médiévale, de la poésie des troubadours, de la poésie italienne de la Renaissance, de la poésie chinoise classique, du théâtre Nô japonais…), visant à la réactualisation de textes plus ou moins éloignés dans l’espace et le temps, et ainsi à l’élargissement d’une modernité conçue moins comme rupture avec la tradition que comme réinvention perpétuelle, dans l’urgence même du présent, de la ou plutôt des traditions à sa disposition (c’est le sens de sa formule célèbre « make it new »). 

A la mondialisation économique capitaliste, avec ses effets d’uniformisation des modes de vie et des cultures, à laquelle les deux guerres mondiales ont fourni un moteur décisif, et dont il n’a cessé de condamner les effets ravageurs, il oppose une « mondialisation poétique » faisant dialoguer les cultures, les langues et les traditions sur la base de leurs différences et de leurs écarts irréductibles et fertiles.  Aux antipodes de toute démarche impérialiste fondée sur une hiérarchie des langues et des cultures, ce dialogue poétique affirme en outre l’égalité foncière des langues et des cultures, tout en s’efforçant de favoriser leur fécondation réciproque.  Ce cours propose de découvrir à la fois les textes théoriques et critiques majeurs où Pound défend et illustre cette approche résolument internationale et comparatiste de la littérature, et d’introduire à l’œuvre poétique polymorphe et polyphonique, plurilingue et multiculturelle, qu’elle a directement nourrie, les Cantos.  Cette découverte fournira un contrepoint à l’étude des formes à contraintes dans le cours de littérature comparée, dans la mesure où la gageure des Cantos a aussi été de tenter la mise en œuvre d’une « forme » poétique paradoxale et essentiellement virtuelle, car dépendant du travail inventif de la lecture pour sa réalisation, une forme essentiellement dynamique et ouverte, se constituant au fur et à mesure de la rédaction de ce poème immense, étalée sur une cinquantaine d’années, et laissée inachevée à la mort du poète.  Directement affectée dans sa composition par la violence de l’Histoire, qui a emporté l’écrivain dans sa tourmente inhumaine, cette œuvre illustre 

la complexité du devenir de la « forme » poétique après le tournant de la modernité, qui a été marqué par la naissance du vers libre et l’essor de la poésie en prose : une fois les formes fixes et le vers régulier abandonnés, quelle « forme » demeure possible pour la poésie, si elle veut à la fois ne pas se couper du désordre nouveau du monde, et fournir les moyens de son dépassement poétique ?

 

      Groupe 2. Pouchkine et la traduction

Enseignant : Stanislas Gauthier

Volume horaire total : 18 heures.

Volume horaire hebdomadaire : cours de 2h30 (x7)

 

Pensée dans le même esprit que le cours à propos d’Ezra Pound, cette « introduction à la pensée d’une littérature mondiale » souhaite également souligner l’équivalence entre le geste d’écrire et celui de traduire. Pour atteindre cet objectif, nous partirons cependant d’un autre point de départ : de la Russie, qui apparaît parfois très éloignée de l’Occident, et de l’un de ses plus grands poètes, Alexandre Pouchkine (1799-1837), qui accède à la littérature européenne et orientale en s’aidant de traductions françaises.

Curieux des langues et des cultures (sa bibliothèque comprend de nombreux ouvrages en langues étrangères non traduits), lecteur de Dante et de Pétrarque, Pouchkine essaie de traduire des morceaux d’anthologie très divers, venus de Chateaubriand, du Roman de Renart, de Cervantès, de Byron, de Wordsworth, de Barry Cornwall, d’Homère, de Juvénal, du Cantique des Cantiques, ou encore de Vouk Karadjitch. Par ce regard très vaste sur les écrits du présent et du passé, Pouchkine accède à la conscience de lui-même. Il parvient à faire de la langue russe une langue littéraire, susceptible de se mettre au service de constructions artistiques virtuoses, capable également de dire l’expérience de vie la plus poignante. Très vite après sa mort en 1837, la figure du poète cède la place aux intérêts politiques, l’Europe occidentale paraissant « coupée » du régime russe, sous lequel perdure jusqu’en 1861 le servage. Alors même qu’il avait été très peu nationaliste, Pouchkine devient, à la fin du XIXe siècle, un emblème national.

Parmi toutes les œuvres de ce grand poète russe, c’est le roman en vers polyphonique, Eugène Onéguine, sensible aux questions de traductions, qui se trouvera au centre de ce cours. L’étude de ce texte très riche permettra de comparer différentes manières de lire et de traduire un poète étranger. Nous nous intéresserons particulièrement aux tentatives de Louis Aragon (1897-1982), de Tommaso Landolfi (1908-1979) et de Vladimir Nabokov (1899-1977), traducteurs de Pouchkine, ainsi qu’à trois espaces particuliers de réception : la France, l’Italie et les États-Unis, à un moment critique de reconstruction : l’après Seconde Guerre mondiale. L’attention portée aux échanges entre la Russie et l’Europe de l’Ouest prolongera le cours sur les formes fixes, dans la mesure où Pouchkine, dans la strophe de quatorze vers d’Eugène Onéguine, modifie la structure du sonnet pour donner une plus grande nuance à cette forme à contrainte. Il réfléchit à l’essence de sa poésie. Tout en concevant son œuvre comme une République des Lettres faisant une large place aux détails mineurs et prosaïques, le poète doit en effet composer avec le plurilinguisme et avec un espace immense, très difficiles à appréhender. Une pensée mondiale de la littérature conduit à réfléchir aux manières de s’approprier un 

vaste ensemble de textes, à interroger à nouveau le désir que l’on éprouve (de manière plus ou moins juste) de ranger cette bibliothèque en genres, en langues, en nations, en époques… Une telle approche critique considère que la littérature « se trouv[e] au milieu des divers langages » et propose d’évaluer sa capacité de « garder vivante la communication entre eux » (Calvino). Or la poésie pose des difficultés supplémentaires à une mise en commun. Comment en effet transmettre une expérience poétique en dehors de la langue dans laquelle elle a été originellement élaborée ? Dans quelle mesure une forme fixe aide-t-elle à éprouver une telle présence ? À quoi peut bien ressembler la poésie dans un espace littéraire qui suggère l’existence d’autres langues, d’autres traditions d’écritures ? Ces premières questions, dans l’écho qu’elles trouvent après la Seconde Guerre mondiale, nous aideront à comprendre comment une œuvre poétique étrangère ne cesse de se régénérer à travers le défi qu’elle représente pour ses différents traducteurs.

Enfin, précisons qu’il n’est besoin d’aucune connaissance en russe pour suivre ce programme. Il s’agira plutôt de montrer son goût des langues et sa sensibilité aux travaux des traducteurs dans les différentes activités qui seront proposées.

Se procurer et lire avant la rentrée de septembre et dans la bonne édition :

Alexandre POUCHKINE, Eugène Onéguine, trad. André Markowicz, Arles, Actes-Sud, 2005.

 

Volume horaire TD : 30
Crédits ECTS : 5

Contrôle des connaissances

1ère session :

Régime général : contrôle continu

 Dispensés : écrit de 4h portant sur l’un ou l’autre des deux programmes de l’UE

2e session : régime général et dispensés : écrit 4h portant sur l’un ou l’autre des deux programmes de l’UE