Littérature comparée 2

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Composante :UFR Humanités

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En bref

Lieu d'enseignement : Bordeaux et agglomération

Langue : Français

Période : Printemps

Plage horaire : Journée

Code matière : LDL2M21

Description

Littérature comparée

Les cours proposés en mineures sont conçus comme une initiation à la littérature comparée indépendamment d’un angle générique particulier.

Programme 1. Imaginaire de la matière dans le roman contemporain

Intervenant :

M. Edgar Henssien.

 Les grandes passions théoriques du XIXe et du XXe siècle ont fait la part belle à un « matérialisme » qui pose la question de l’inscription de l’individu dans un monde sans Dieu et ramené à la première part de ses déterminations politiques. La réflexion sur la matière et le « matérialisme » a ainsi, pendant plusieurs décennies, été polarisée par le débat entre les tenants d’un scientisme radical et ceux d’une pensée militante où la place de l’œuvre d’art, et plus encore de l’œuvre littéraire, est tout sauf assurée.

            Ce cours se proposera donc de dégager, dans l’étude du roman contemporain, une nouvelle voie de réflexion à partir de l’implication poétique du « matérialisme ». Aciers, bétons, liquides, matériaux naturels et matériaux artificiels, matériaux durs ou mous, corps organiques ou inorganiques, tous participent à la construction d’un univers de fiction, sans que les lecteurs ne s’interrogent jamais vraiment sur les implications de la présence de ces matières dans la fiction : c’est sur ces éléments que le cours attirera l’attention.  

Ce cours se veut aussi une initiation en acte aux méthodes de la littérature comparée pour les étudiants. En ce sens, une attention toute particulière sera portée à la littérature de l’extrême-contemporain, stimulante et souvent trop peu étudiée. Nous nous intéresserons ainsi à trois romans, ceux de Goncalo M. Tavares (Apprendre à prier à l’aire de la technique), Vladimir Sorokine (Le lard bleu) et Antoine Volodine (Dondog), afin de fonder la réflexion sur une analyse précise des textes, et de manière à pouvoir engager un débat sur les œuvres avec les étudiants. Dans une perspective similaire, certains aspects de l’œuvre de Pierre Guyotat en rapport avec la thématique du cours seront abordés.  

Lectures obligatoires :

Sorokine Vladimir, Le lard bleu (trad. Bernard Kreise), Paris, Éditions de l’Olivier, 2007, 417 p. 

Tavares Gonçalo M., Apprendre à prier à l’ère de la technique (trad. Dominique Nédellec), Paris, Seuil (Points), 2014, 367 p.

Volodine Antoine, Dondog, Paris, Seuil (Points), 2003, 368 p.   

Programme 2. Poésie & Histoire : le romancero de la Guerre d’Espagne : la génération de 36 & les poètes du monde 

Intervenant :

Margaux Valensi.

C’est à partir d’un moment dramatique de l’Histoire européenne, la Guerre d’Espagne (1936-1939), que ce cours se propose de réfléchir aux rapports qu’entretiennent la Poésie et l’Histoire. Le début de la Guerre, marqué par la mort du célèbre poète espagnol, Federico Garcia Lorca, mobilise immédiatement les poètes espagnols contre le franquisme, et rapidement des poètes et des artistes du monde entier : Pablo Picasso (Espagne), David Alfaro Siqueiros (Mexique), Pablo Neruda (Chili), W.H Auden (Grande-Bretagne), Louis Aragon et Paul Éluard (France), parmi d’autres, s’engagent dans la défense du peuple espagnol, mettent leur voix et leur énergie au service des Républicains.

Dès lors notre approche sera double : c’est en lisant de près les textes des poètes espagnols, ceux de Federico Garcia Lorca, de Miguel Hernández et de Rafael Alberti, puis ceux de Pablo Neruda, poète chilien alors présent en Espagne et immergé dans le drame, que l’on observera comment la poésie se saisit de l’Histoire, fait face à l’événement.

Ce moment est également un temps fort de fédération des artistes du monde entier qui mettent en place des institutions pour soutenir la cause espagnole : l’émergence de cette internationale poétique sera aussi le prisme par lequel l’on engagera une réflexion sur le rôle des poètes et des artistes dans l’Histoire.

Corpus  (lectures obligatoires) :

Le Romancero de la Guerre d’Espagne, anthologie poétique, Paris, Le Temps des Cerises, 2016.

Neruda, Pablo, « Troisième Résidence », in Résidence sur la terre,  trad. fr. de Claude Couffon, Paris, Gallimard/Poésie, 1972. 

Programme 3 : Orient/Occident : Figures de l’étranger et discours de l’exil dans les écritures plurilingues du monde arabe

Intervenant :

Mme Mounira Chatti.

 Les écritures plurilingues issues du monde arabe mettent en scène l’aventure occidentale ou le « voyage à l’envers » devenant ainsi le théâtre de l'identité et de l'altérité. Les écarts de ce déplacement poétique et politique renouvellent les représentations traditionnelles de l’Orient et de l’Occident. Dans The Prophet (1923), Gibran Khalil Gibran (Liban) décrit l’étranger Almustafa (l’élu et le bien-aimé) sous les traits d’un « prophète » dont la parole renouvelle les références orientales et occidentales. S’interrogeant sur les ambiguïtés de la réception de Gibran, figure de proue du Cercle des écrivains immigrants (al-mahjar), Amin Maalouf note : « Ouvrage inclassable, et auteur tout aussi inclassable, puisqu’il a écrit la plupart de ses livres en arabe, sa langue maternelle, mais que son œuvre maîtresse, The Prophet, a été écrite en anglais. Ni tout à fait Libanais, ni tout à fait Américain, ni philosophe, ni poète. […] C’est peut-être, d’ailleurs, le destin de Gibran, de demeurer ainsi longtemps, trop longtemps, dans le purgatoire des lettres, exilé comme il l’a toujours été » (« Préface »). Chez Tayeb Salih (Soudan), la confrontation entre l’Orient et l’Occident se joue des clichés et se dénoue de manière tragique : « On attrape la maladie au Nord et on va au Sud pour la guérir, au risque que le lieu de la convalescence ne se transforme en un tombeau » (Y. Clavaron). À l’instar de Sohrawardi (1155-1191) dont il a traduit et commenté des extraits, Abdelwahab Meddeb (Tunisie) déclare que « l’exil occidental » doit se résoudre par le retour vers l’Orient : « Le désastre, écrit-il à propos de ce philosophe mystique persan, mène de l’obscurité à la lumière, de la nuit à l’aurore, de l’Occident à l’Orient. » Située au confluent de plusieurs langues (turc, arabe, français et anglais), Etel Adnan interroge sa condition d’exilée et de poète enracinée dans la langue.

 Corpus : lectures obligatoires

Gibran Khalil Gibran, Le Prophète (The Prophet, 1923), Le Livre de Poche, 1993, trad. de l’anglais (États-Unis) par Jeanine Levy.

Tayeb Salib, Saison de la migration vers le nord (Mawsim al-hijra ilâ ash-shamâl, 1966), trad. de l’arabe (Soudan) par Abdelwahab Meddeb et Fady Noun, Poche, 2006

Abdelwahab Meddeb, L’Exil occidental, Albin Michel, 2005.

Etel Adnan, Au cœur du cœur d’un autre pays (Il the Heart of the Heart of Another Country), Tamarys, 2010, trad. de l’anglais (États-Unis) par Eric Giraud.

Programme 4 : Récits et Histoire du XXe siècle : Mémoires conflictuelles au Proche Orient

Enseignant :

Eva Monclus-Baros.

 Ce cours propose la lecture de deux auteurs arabes : Une Mémoire pour l’oubli, de Mahmoud Darwich (Palestine), et La Porte du Soleil, de Elias Khoury (Liban). Ces deux récits se déroulent à Beyrouth, mais embrassent  des temporalités historiques distinctes. La narration de Mahmoud Darwich  opte pour une unité temporelle réduite (« un jour d’août 1982 », durant le siège de Beyrouth par l’armée israélienne) ; l’oeuvre de Elias Khoury déploie un plus vaste récit : de 1948 (proclamation de l’Etat d’Israël)  à 1995.

  Il s’agira d’interroger les formes du récit, leur fragmentation, leur hétérogénéité. Dans quelle mesure celles-ci témoignent-elles d’un rapport douloureux à l’événement historique? Comment, in fine, proposent-elles un discours singulier qui serait capable de refonder une communauté? Quelle place les mémoires, individuelle et collective, tiennent-elle dans le processus du récit?

Ces interrogations permettront également d’aborder la question de l’engagement, et plus largement de la place de la littérature dans la cité.

 Corpus (lectures obligatoires) :

Darwich Mahmoud, Une Mémoire pour l’oubli (traduction de l’arabe (Palestine) par Yves Gonzalez-Quijano, Farouk Mardam-Bey), Actes Sud (Babel), 2007.

Khoury Elias, La Porte du Soleil (traduction de l’arabe (Liban) par Rania Samara), Actes Sud (Babel), 2003.

Programme 5 : « Nommer et construire la mémoire qui nous manque »

Intervenant :

Mme Christine Dethan.

L’intitulé de ce cours est emprunté à Patrick Chamoiseau : « Nommer et construire la mémoire qui nous manque ». Comment par la fiction peut-on éclairer les périodes obscures du passé ? Comment la résurgence du passé influe-t-elle  sur le présent ? Comment écrire ce qui est tu ? Interrogeant les rapports entre l'Histoire et la fiction, les deux romans contemporains au programme cherchent à travers des voix narratives discontinues des moyens d'accéder à l'Histoire, mais du point de vue des vaincus. Joseph Boyden, auteur anglophone cananadien retrace ainsi la conversion des Indiens au christianisme au travers de trois voix : celle d'un chef de guerre, de sa jeune prisonnière et d'un père jésuite, dans le Canada du XVIIème siècle. Quand Patrick Chamoiseau, dans un récit mosaïque évoque l'enfermement volontaire au vingtième siècle d'une petite fille dans un ancien cachot destiné aux esclaves, dont l'histoire va resurgir. L'enjeu sera de nous questionner sur la façon dont ces auteurs par le biais de la fiction tentent de reconquérir un passé, fût-il douloureux, pour mieux reconstruire une identité qui leur a trop longtemps échappé.

Corpus : lectures obligatoires

Chamoiseau Patrick, Un dimanche au cachot, Paris, Gallimard (Folio).

Boyden Joseph, Dans le grand cercle du monde, Paris, Librairie générale française (Le Livre de Poche).

Volume horaire TD : 24
Crédits ECTS : 3